Rodrigue Milien

  • Birth: 27 octobre 1946
  • Birthplace: Port-au-Prince, Haiti
  • Genre: Folklorik
  • Year Active: 1970-?

Biography


Il est né le 27 octobre 1946 à la Cathédrale de Port-au-Prince, le jour même du mariage de ses parents. Sa mère l’ayant mis au monde devant l’autel au moment où le prêtre célébrait les noces, le prêtre a dû discontinuer la cérémonie. Et sa mère a été emmenée d’urgence à l’Hôpital Général afin de se faire couper le cordon ombilical.
Ses frères et sœurs sont tous des musiciens et convertis au protestantisme. Son frère Frantz Milien, pasteur, est pianiste et programmateur de sequencing.

Rodrigue se rendait en cachette à des festivals qui se déroulaient le dimanche ou les jours fériés au Rex, au Paramount ou au Capitol. Ne pouvant s’offrir un billet d’entrée, il attendait la fin du spectacle pour accéder à la salle, lorsque la barrière d’entrée était dégagée. Un jour, il participa même à un concours de blagues dans un festival du Jazz des Jeunes au Théâtre de Verdure, animé par Colson Augustin de Radio Caraïbes. Sorti deuxième, il empocha une prime de 10 gourdes.

Le lendemain, alors que l’on donnait le nom des gagnants du concours, son nom fut cité sur les ondes. Il reçut de ses parents, qui écoutaient la station à ce moment-là, une sévère raclée pour avoir traversé la ville à pied, tout seul et sans autorisation, un dimanche soir, du Bel Air jusqu’au Bicentenaire où se trouvait le Théâtre de Verdure. Malgré cette bastonnade, sa décision était ferme: il serait artiste.

Il fait d’abord partie, au début des années 70, de la troupe Alcibiade. Il commence à faire de la musique en 1973, à la suite du départ de son père pour les États-Unis. En classe de rhéto, il abandonne l’école à quelques jours des examens du Baccalauréat, pour se concentrer sur sa carrière d’artiste.

Il commence à se produire avec Jules Similien, alias Toto Nécessité, qu’il accompagnait, muni d’une guitare bricolée avec un morceau de bois et des fils électriques. Les deux ont commencé à s’exercer dans le minuscule atelier de tailleur de Toto à la rue Montalais.

Il a formé son groupe le Coumbite Créole en 1974, de retour de voyage des États-Unis, avec trois autres musiciens. Le batteur, musicien de la chorale de Saint-Joseph, devait emprunter une batterie de l’église, car le groupe n’avait pas les moyens de posséder ses propres instruments.

Il compte 23 albums à son actif. A part le dernier, sorti directement en CD, tous sont sous forme de disques 33 tours. La plupart de ces albums ont été réédités en CD, sans son autorisation.

Le meilleur souvenir de sa carrière remonte à 1983, pendant la tournée qu’il effectua avec Toto en France. Il reçut un accueil chaleureux dès son arrivée à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, où une meute de journalistes le cueillit à sa descente d’avion. Confortablement installé dans une limousine, il fit le tour de la Ville Lumière. A la fin de chacune de ses prestations aux petites heures du jour, les fans se bousculaient pour avoir une signature ou un dédicace sur des bouts de papier, des pochettes de cigarettes, des billets de banque.

Il reçut la somme de 7.500 gourdes pour son rôle dans le film “Ala mizè pou Rodrigue” de Claude Mancuso, sorti en 1978. Mettant de côté le scénario initial, il retravailla entièrement l’histoire avec le réalisateur. Il composa la bande originale de ce film qui allait devenir la première comédie musicale haïtienne. Avec son cachet, Rodrigue s’offrit pour 300 dollars sa première voiture : un véhicule d’occasion. N’étant pas chauffeur, il se débrouilla pour le piloter tout seul. Et comme il ne connaissait rien en mécanique, il se rappelle avoir ajouté trop d’huile dans le moteur et avoir fièrement conduit son véhicule, enveloppé d’un nuage de fumée noire.

Même s’il n’a jamais connu un grand succès commercial, Rodrigue Milien est resté une voix sûre qui n’a jamais laissé les haut-parleurs des marchands de disques aux coins de rue de Port-au-Prince.

Il allait connaître son dernier grand moment de gloire aux côtés de la plus grande star haïtienne, Wyclef Jean qui a repris son titre « 24èd tan ». C’était un hommage appuyé à un monument de la musique haïtienne et une façon de sortir de l’oubli cet artiste de grand talent. Jusqu’à récemment, il travaillait encore un album avec Fabrice Rouzier.
Nous serons plus qu’heureux de retrouver la voix de Rodrigue sur d’autres mélodies. Aidons-le afin qu’il puisse nous faire ce cadeau.

Loramus Rosemond